MISE
EN ŒUVRE DU PROGRAMME
COMMUNAUTAIRE DE LISBONNE
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU
CONSEIL ET AU PARLEMENT EUROPEEN1
Article publié dans la Revue "Fiscalité Européenne et Droit International des Affaires" N° 144 (Année 2006)
La contribution des politiques
fiscale et douanière à la stratégie de Lisbonne
1. UN NOUVEL ELAN POUR LA STRATEGIE DE LISBONNE
La Commission a récemment proposé un nouvel élan pour
la stratégie de Lisbonne, en mettant l’accent sur la croissance
et l’emploi2. Pour pouvoir relever ce
défi , il faudra faire de l’Europe un lieu plus attractif pour
les investisseurs et les travailleurs; promouvoir la connaissance et l’innovation;
et concevoir des politiques permettant aux entreprises européennes
de créer des emplois à la fois plus nombreux et de meilleure
qualité.
Les politiques fiscales et douanières ont un rôle important à
jouer dans la réalisation de ces objectifs. Elles peuvent contribuer
à accroître l’effi cacité de nos économies,
notamment par une exploitation effi ciente des ressources naturelles, de même
que la compétitivité de nos entreprises.
Elles peuvent aussi favoriser une concurrence accrue sur les marchés,
dynamiser les échanges et soutenir la connaissance et l’innovation.
La présente communication décrit les principales mesures prises
par la Communauté dans le domaine de la fiscalité et des douanes
en vue de contribuer à l’accélération du processus
d’ajustement structurel nécessaire à nos économies
pour atteindre les objectifs susmentionnés.
Elle suit ainsi les lignes d’action établies dans la communication
au Conseil européen de printemps intitulée «Travaillons
ensemble pour la croissance et l’emploi - Un nouvel élan pour
la stratégie de Lisbonne»3.
La présente communication a pour objet de décrire, dans le domaine
des douanes et de la fiscalité, l’ensemble des initiatives en
cours et à venir s’inscrivant dans une démarche cohérente
visant à soutenir un des principaux engagements politiques de l’UE.
Au point 2 sont décrites les actions essentielles qui visent à
approfondir le marché intérieur, à garantir l’ouverture
et la compétitivité des marchés et à améliorer
les législations européenne et nationales. Le point 3 présente
des initiatives importantes destinées à favoriser la croissance
et l’amélioration des investissements en matière de recherche
et de développement et à faciliter l’innovation ainsi
qu’une utilisation durable des ressources (voir le tableau des mesures
joint en annexe). Compte tenu de leurs caractéristiques particulières,
ces initiatives se concrétiseront sous diverses formes et seront, si
nécessaire, accompagnées d’une évaluation de leur
incidence.
Elles devraient permettre de relancer la croissance et, par voie de conséquence,
de créer des emplois à la fois plus nombreux et de meilleure
qualité. En ce qui concerne plus spécifiquement les politiques
de l’emploi, il convient de noter que certaines mesures fi scales prises
au niveau des États membres peuvent contribuer à doper l’emploi
et à promouvoir des économies soucieuses de n’exclure
personne sur le plan social. Or il apparaît que la taxation plus lourde
du travail a découragé la création de nouveaux emplois,
particulièrement d’emplois peu qualifi és ; quoi qu’il
en soit, élargir l’assiette de l’impôt en mettant
davantage de personnes au travail reste encore le moyen le plus effi cace
dont disposent les gouvernements pour accroître leurs recettes sans
augmenter les taux d’imposition. Alléger la taxation du travail
au profi t de taxes sur la consommation et/ou la pollution pourrait également
s’avérer utile dans le cadre d’une stratégie globale
d’augmentation de l’emploi.
Bien qu’un certain degré de compétition fiscale soit bénéfique
et puisse avoir des conséquences économiques positives, le principal
objectif de tout système fi scal est de garantir le volume de recettes
nécessaires pour fi nancer les services publics et les transferts sociaux.
La perception de ces recettes doit se faire avec une efficacité maximale.
Les systèmes fiscaux peuvent entraîner des coûts prenant
la forme d’une diminution de l’effi cacité économique
- due aux distorsions fi scales - ou de charges administratives et liées
au respect des règles à la fois pour les contribuables et pour
les administrations fiscales.
L’existence de systèmes fiscaux nationaux différents dans
l’UE a pour effet de générer d’importants
coûts supplémentaires liés aux procédures administratives
nécessaires pour se conformer aux règles fiscales. Cette situation
se traduit par une impossibilité de répartir plus effi cacement
les ressources et par l’absence d’«environnement concurrentiel
équitable»4. En réalité,
les doubles impositions, les coûts fiscaux liés aux restructurations
d’entreprises et les différences plus générales
qui existent entre les règles fiscales des États membres font
que les entreprises peuvent préférer exercer leurs activités
dans leur pays plutôt que dans un autre État membre. Ces divers
éléments constituent d’importants obstacles limitant les
possibilités de tirer pleinement parti des avantages offerts par un
marché intérieur concurrentiel. La suppression de ces obstacles
serait synonyme de nouvelles opportunités pour les opérateurs
faisant leur entrée sur les marchés, et la concurrence qui en
résulterait stimulerait les investissements et l’innovation.
La diminution des coûts associée à la suppression de ces
entraves fi scales contribuerait, en outre, à accroître la compétitivité
du secteur productif de l’UE.
La politique fiscale pourrait aussi jouer un rôle en amont, en stimulant
la connaissance et l’innovation en tant que facteurs de croissance.
Les activités de recherche et de développement ainsi que le
contexte commercial général pourraient bénéfi
cier de mesures fi scales ciblées. La fiscalité pourrait aussi
être utilisée pour induire un changement d’attitude débouchant
sur des modes de production et de consommation plus respectueux de l’environnement.
1.2. La politique douanière, un des piliers du marché intérieur
La politique douanière
a un rôle important à jouer dans la stimulation du commerce.
L’augmentation du volume des échanges de ces dernières
années, la complexité de la chaîne d’approvisionnement
moderne, les préoccupations en matière de sécurité
et de sûreté, le nombre de parties concernées et la vitesse
à laquelle les marchandises sont échangées, ont pour
effet d’accroître fortement les exigences en matière d’informations
relatives aux échanges commerciaux.
La simplification de la législation douanière, conjuguée
à la rationalisation des processus et des procédures douaniers
et à la mise en place de systèmes douaniers électroniques
interconnectés permettra aux opérateurs d’économiser
du temps et de l’argent dans leurs démarches auprès des
services douaniers. L’informatisation des systèmes et leur interconnexion
favorisera en même temps la traçabilité des marchandises
et sera synonyme de transparence pour les administrations douanières
et le secteur des entreprises.
2. FAIRE DE L’EUROPE UN LIEU PLUS ATTRACTIF POUR LES INVESTISSEURS
ET
LES TRAVAILLEURS
La stratégie de Lisbonne met l’accent sur le fait que l’achèvement
du marché intérieur nécessite encore des réformes
fondamentales et qu’il convient d’y accorder une attention particulière.
La majeure partie des actions entreprises par l’UE dans le domaine de
la politique fiscale concerne des problèmes liés à l’établissement
et au fonctionnement du marché intérieur. Dans ce contexte,
il importe de souligner l’importante contribution que les programmes
communautaires Douane 2013 et Fiscalis 20135
continueront d’apporter au bon fonctionnement du marché intérieur,
en particulier par le financement de l’interconnexion électronique
des systèmes informatiques des États membres dans le domaine
des douanes et de la fiscalité.
A l’heure actuelle, plusieurs aspects du fonctionnement des systèmes
fi scaux nationaux ont une incidence négative sur l’intégration
des marchés ou empêchent de tirer pleinement parti des avantages
offerts par le marché unique. En outre, le contexte commercial actuel
étant plus propice aux activités transfrontalières qu’il
y a vingt ans, les entraves fiscales apparaissent aujourd’hui plus clairement
comme les dernières barrières subsistant dans le marché
intérieur.
La suppression de ces entraves permettrait aux entreprises de faire des choix
économiques plus sains, fondés sur la productivité des
facteurs et moins faussés par l’infl uence de certains coûts
supplémentaires. Il en résulterait une augmentation de la production
des économies des États membres et, en fonction de la conjoncture
sur les marchés des produits concernés et du comportement réel
des entreprises, des pressions à la baisse sur les coûts et les
prix, ce qui se traduirait par des gains de prospérité.
2.1.1. Une assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés dans l’UE
La coexistence actuelle de 25 systèmes d’imposition des sociétés différents et parfois même mutuellement incompatibles dans l’UE occasionne, de facto, des coûts de mise en conformité supplémentaires et offre peu d’opportunités pour la compensation transfrontalière des pertes, alors que cette compensation est souvent possible dans les situations purement nationales.
Cela ne devrait pas être
le cas dans un véritable marché unique. Alors que dans le cadre
de leurs activités commerciales (recherche, production, gestion des
stocks, ventes, etc.), les entreprises ont de plus en plus tendance à
considérer l’UE comme un marché unique, pour des raisons
exclusivement fi scales, elles sont forcées de le segmenter en marchés
nationaux.
Les règles en matière d’imposition des sociétés
accordent aux activités transfrontalières effectuées
dans l’UE un traitement distinct et souvent moins favorable que celui
réservé aux activités analogues purement nationales.
Cette situation encourage les sociétés à réaliser
des investissements domestiques et les dissuade de prendre des participations
dans des entreprises étrangères et de créer des filiales
dans d’autres pays. Les incohérences entre les différents
systèmes fiscaux nationaux favorisent en même temps l’évasion
fiscale.
La stratégie de la Commission visant à établir une assiette
commune consolidée pour l’impôt des sociétés
(«ACCIS») remonte à 20016
et a été confi rmée en 20037.
L’ACCIS permettrait aux entreprises qui exercent des activités
dans le marché intérieur de suivre les mêmes règles
dans différents États membres de l’UE pour calculer l’assiette
de l’impôt sur les sociétés dû dans chacun
d’eux. La Commission n’a cependant pas l’intention de proposer
un taux d’impôt sur les sociétés harmonisé.
La compensation transfrontalière des pertes serait ainsi possible et
les problèmes actuels liés aux activités transfrontalières
et aux restructurations de groupes d’entreprises seraient résolus.
Pour ce faire, il conviendrait de prévoir un mécanisme de répartition
de l’assiette consolidée entre les États membres, de sorte
que chaque État puisse appliquer son propre taux d’imposition
à sa part de l’assiette consolidée. Cette méthode
devrait déboucher sur un système
d’imposition des sociétés en Europe plus simple et plus
transparent.
Bien que cet objectif soit ambitieux, la Commission a l’intention d’entreprendre
les travaux préparatoires nécessaires à l’établissement
d’une assiette commune consolidée au cours des trois prochaines
années, afin
de pouvoir proposer l’adoption d’une mesure législative
par la Communauté d’ici 2008.
2.1.2. Simplifi cation de l’environnement fiscal et création d’un environnement concurrentiel équitable
La stratégie présentée ci-dessus vise à lutter
contre bon nombre d’obstacles liés à l’imposition
des sociétés que doivent affronter les entreprises multinationales.
Cependant, les activités économiques transfrontalières
au sein de l’UE sont également soumises à une série
d’autres mesures fiscales, notamment dans le domaine de la TVA, qui
imposent des obligations contraignantes aux entreprises et sont synonymes
d’entraves aux échanges commerciaux et aux investissements.
Les activités transfrontalières entraînent des augmentations
statistiquement signifi catives des coûts de mise en conformité
pour toutes les entreprises8. Les petites et
moyennes entreprises sont particulièrement vulnérables à
ce type d’obstacles, étant donné que les coûts de
mise en conformité sont proportionnellement plus élevés
pour ces dernières que pour les grandes entreprises. La suppression
de ces obstacles pourrait favoriser une importante augmentation de la participation
des PME au marché intérieur, celle-ci étant, à
l’heure actuelle, considérablement inférieure à
celle des grandes entreprises, avec pour conséquence l’ineffi
cacité économique et une incidence potentiellement négative
sur la croissance et la création d’emplois.
a) Obligations relatives à la TVA
Selon l’étude sur la fiscalité en Europe9,
les obligations relatives à la TVA expliquent à elles seules
le fait qu’au cours de la période couverte, 14 % des PME et 10
% des grandes entreprises n’ont exercé aucune activité
économique imposable dans les États membres où elles
ne disposaient pas d’établissement stable. Face à ce constat,
en octobre 2004, la Commission a présenté une importante proposition
visant à simplifi er les obligations actuelles en matière de
TVA liées aux activités transfrontalières, de manière
à faciliter le quotidien des opérateurs qui effectuent des livraisons
de biens et des prestations de services dans d’autres États membres
de l’UE. La proposition prévoit notamment un «système
de guichet unique» qui permettrait aux assujettis d’utiliser un
seul numéro de TVA pour l’ensemble de leurs opérations
réalisées dans l’UE et de
déposer une déclaration de TVA globale sur un portail électronique,
par l’intermédiaire duquel cette déclaration unique serait
automatiquement transférée aux différents États
membres dans lesquels l’assujetti effectue des opérations imposables.
La proposition contient cinq autres mesures de simplification qui devraient
permettre aux entreprises, et surtout aux PME, de développer plus facilement
leurs activités dans d’autres États membres. Ces diverses
mesures sont actuellement examinées par le Conseil.
b) Application à titre expérimental de l’imposition selon les règles de l’État de résidence
Dans le contexte de la
stratégie proposée par la Commission dans le domaine de la fiscalité
des entreprises, le concept d’imposition selon les règles de
l’État de résidence a été identifié
comme une solution envisageable aux problèmes fiscaux que rencontrent
les PME principalement dans leurs activités transfrontalières.
Pour l’essentiel, l’imposition selon les règles de l’État
de résidence consiste à appliquer le principe de reconnaissance
mutuelle propre au marché intérieur au traitement accordé
aux PME aux fi ns de l’impôt sur les sociétés. Les
entreprises concernées appliqueraient les règles relatives à
l’imposition des sociétés de leur État de résidence
à leurs filiales et établissements stables situés dans
les autres États membres participants. Cela ne suppose aucune harmonisation
des taux, étant donné que chaque État membre continuerait
de fi xer et d’appliquer son propre taux d’imposition.
La Commission estime que ce concept, qui a été considérablement
développé d’un point de vue technique, pourrait utilement
être mis à l’essai sous forme de projet pilote applicable
aux PME, à titre expérimental et pour une durée limitée
à cinq ans. La Commission a l’intention de présenter une
communication sur le sujet avant la fin de l’année 2005.
c) Règles en matière de TVA applicables aux prestations
de services internationales
La législation
fiscale porte sur des réalités économiques et ne peut
être efficace que si elle fait continuellement l’objet d’adaptations
en fonction de l’évolution de ces réalités et des
nouveaux défi s qu’elles posent. Le fait qu’une proportion
de plus en plus grande de services puisse être fournie d’un État
à un autre constitue, à cet égard, un défi particulier.
Si l’UE a su réagir de façon satisfaisante à l’incidence
qu’ont eu sur la TVA le développement du commerce électronique
et la libéralisation des services de télécommunication,
les dispositions en matière de TVA relatives au lieu de prestation
d’autres services pouvant être fournis à distance doivent
encore être modifiées de façon analogue, en vue de garantir
l’égalité de traitement entre les opérateurs de
l’UE et ceux des pays tiers, de même que l’attribution des
recettes de TVA au pays de consommation.
La Commission a présenté une proposition concernant le lieu
des prestations de services effectuées entre assujettis (B2B) en 200310.
Cette proposition a été récemment modifi ée en
vue d’inclure la révision des règles concernant le lieu
des prestations de services effectuées entre entreprises et consommateurs
fi nals (B2C)11. Une fois adoptée, la
proposition modifi ée devrait alléger les procédures
liées à la TVA pour les entreprises qui effectuent des prestations
de services transfrontalières en faveur d’autres entreprises,
en supprimant l’obligation de demander des immatriculations supplémentaires
à la TVA ainsi que la nécessité de recourir à
des procédures coûteuses pour obtenir le remboursement de la
taxe. La directive permettra aussi de mettre un terme aux distorsions de concurrence
imputables à l’application de taux de TVA divergents par les
États membres (une plus grande harmonisation des taux étant
improbable) et de créer des
conditions de concurrence équitables pour les opérateurs des
pays tiers également.
d) Règles en matière de TVA applicables aux services financiers
Les règles en matière de TVA applicables aux services fi nanciers datent de 1977 et prévoient une exonération générale pour ce type de services. Cela signifi e que la TVA payée par les institutions fi nancières sur leurs achats n’est généralement pas déductible et constitue donc, en définitive, un coût pour ces dernières. Il en résulte un effet cascade qui se traduit par des services financiers plus chers pour le consommateur. Cette situation devient potentiellement encore plus compliquée lorsque les institutions fi nancières externalisent une partie de leurs activités et que les prestations de services sont donc soumises à de la TVA supplémentaire. Il est largement établi que ce système d’exonération est fondamentalement ineffi cace et génère des coûts supplémentaires.
Ces règles constituant
une source croissante de tension, il convient de les revoir. En outre, ces
règles se prêtent à des différences d’interprétations
au niveau national. Ces dispositions obsolètes sont en contradiction
croissante avec les objectifs d’autres initiatives de la Commission
telles que le plan d’action pour les services financiers. Les effets
non désirés des règles de la TVA constituent souvent
un obstacle à l’accroissement de l’efficacité du
secteur qui devrait normalement découler de la création d’un
marché unique paneuropéen pour les services financiers.
Après une large consultation de l’ensemble des acteurs concernés,
la Commission a l’intention de présenter une proposition législative
pour adapter les règles en matière de TVA applicables aux services
financiers à l’évolution du marché fi nancier unique.
e) Autorités publiques en concurrence avec le secteur privé
Les règles régissant les exonérations applicables aux services d’intérêt public et l’exclusion des organismes publics du champ d’application de la TVA devront également être modernisées. Les dispositions actuelles sont obsolètes et ne correspondent plus à la réalité économique du XXIe siècle, dans laquelle les anciens monopoles ont été soumis à des processus de libéralisation et de larges pans des services publics partiellement, voire totalement privatisés. Cette situation génère des distorsions de concurrence, constitue une source d’inefficacité économique et encourage l’évasion fiscale. La Commission a l’intention de proposer une modification des dispositions actuelles avant la fi n de l’année 2006, en vue de rétablir des conditions équitables pour l’exercice de la concurrence dans certains secteurs d’activités où les organismes aussi bien publics que privés sont parties prenantes.
2.1.3. Mesures ciblées destinées à supprimer les obstacles fiscaux transfrontaliers rencontrés par les entreprises de l’UE
Dans le domaine de la fiscalité des entreprises, la Commission a, dans
l’attente de la création de l’ACCIS, recensé plusieurs
solutions ciblées visant à éliminer les obstacles à
une imposition unique.
a) Compensation transfrontalière des pertes
L’absence de compensation transfrontalière des pertes a tendance
à influer sur les décisions commerciales en incitant les entreprises
soit à investir dans leur pays, soit à réaliser des investissements
transfrontaliers dans les grands États membres, en raison de la plus
forte probabilité pour elles d’y avoir déjà une
assiette fi scale dont elles peuvent déduire leurs pertes.
Alors que les pertes transfrontalières au sein d’une entreprise,
c’est-à-dire les pertes d’un établissement stable
étranger, peuvent être comptabilisées au niveau du siège
dans la plupart des États membres, seuls quelques-uns d’entre
eux autorisent la compensation transfrontalière des pertes réalisées
au sein d’un groupe d’entreprises, c’est-à-dire,
la compensation des pertes d’une entreprise étrangère
appartenant au même groupe. Il est évident qu’une telle
différence de traitement génère des distorsions.
Après le retrait de la proposition de directive présentée
en 1990 sur le sujet, la Commission a engagé un débat technique
avec les États membres en vue de présenter rapidement une communication,
une fois que la Cour de justice des Communautés européennes
aura rendu son arrêt dans l’affaire C-446/03 («Marks &
Spencer»), qui devrait se révéler particulièrement
intéressante à cet égard.
b) Prix de transfert
La gestion des prix de
transfert est synonyme d’importants coûts de mise en conformité
supplémentaires pour les entreprises de l’UE12.
En 2002, la Commission a créé le forum conjoint de l’UE
sur les prix de transfert afi n de trouver des solutions pragmatiques non
législatives aux problèmes posés par les prix de transfert
dans l’UE. Ce forum se compose de fi scalistes provenant des administrations
fi scales des États membres et du secteur des entreprises. Faisant
suite au premier rapport sur les activités du forum, la Commission
a adopté une communication comprenant notamment une proposition de
code de conduite pour la mise en œuvre effective de la Convention d’arbitrage
en 200413, code que le Conseil a adopté
en décembre dernier.
Dans le prolongement du second rapport d’activités du forum,
établi en mai 2005, la Commission a l’intention de proposer cette
année un code de conduite relatif à la documentation en matière
de prix de transfert exigée des entreprises associées dans l’UE.
En outre, les services de la Commission et les membres du forum concentrent
désormais leur attention sur les procédures alternatives permettant
d’éviter ou de résoudre les différends fiscaux.
c) Droit d’apport
Certains impôts indirects tels que le droit d’apport (qui grève
les apports de capitaux aux sociétés de capitaux) sont clairement
défavorables aux entreprises dans l’UE et devraient être
supprimés dans le contexte du processus visant à faire de l’Europe
un lieu plus attractif pour les investissements.
La perception de droits d’apport est particulièrement pénalisante
dans le cas des opérations de restructuration ou du développement
des entreprises au sein de l’UE.
Elle est aussi désavantageuse pour les jeunes entreprises ou pour celles
qui procèdent à des augmentations de capital. Ces dernières
années, on a observé une tendance à la suppression du
droit d’apport. Actuellement perçu dans 10 des 25 États
membres de l’UE, il ne le sera plus que dans 8 d’entre eux à
partir de l’année prochaine.
En conséquence, les services de la Commission préparent une
proposition de refonte de la directive sur le droit d’apport14
qui devrait être présentée avant la fi n de l’année
2006. Cette refonte aura pour objet de simplifi er et de moderniser la législation
et prévoira une suppression progressive du droit d’apport afi
n de soutenir le développement des entreprises au sein de l’UE.
Le marché automobile européen constitue l’exemple type
des secteurs qui n’ont pas encore pleinement bénéfi cié
du marché intérieur, et la fi scalité en est en partie
responsable. Dans le prolongement d’une communication présentée
en 200215 et d’un vaste processus de
consultation, le 5 juillet 2005, la Commission a adopté une nouvelle
proposition concernant la taxation des voitures particulières16.
Cette proposition recommande la suppression progressive des taxes d’immatriculation
dans les États membres et leur remplacement par des taxes de circulation
annuelles ou d’autres taxes existantes, voire par de nouvelles taxes
inédites. La suppression progressive des taxes d’immatriculation
permettrait de limiter les formalités administratives et de diminuer
les importants coûts de transaction supportés par les consommateurs.
Elle se traduirait aussi par une transparence et une sécurité
juridique accrues pour l’ensemble des opérateurs et ferait baisser
de quelque 20 % les écarts de prix actuels constatés pour les
voitures.
La proposition vise aussi à réduire la fragmentation du marché
de l’automobile dans l’UE, cette dernière ayant une incidence
négative sur les échanges transfrontaliers dans le secteur.
À l’heure actuelle, pour des raisons fiscales, l’industrie
automobile est souvent obligée de produire des modèles dont
les spécifi cations varient en fonction des États membres auxquels
ils sont destinés. La mesure proposée permettrait de l’inciter
à réaliser des économies d’échelle plus
importantes en produisant des voitures aux spécifications techniques
identiques pour l’ensemble du marché intérieur.
2.1.5. Lutte contre les distorsions imputables à la fraude et à l’évasion fiscales
La fraude fiscale génère
d’importantes distorsions dans le fonctionnement du marché intérieur,
constitue un obstacle à la concurrence loyale et entraîne aussi
l’érosion des recettes servant à financer les services
publics au niveau national. Les pouvoirs publics étant forcés
de combler le déficit de recettes correspondant, il résulte
de l’augmentation de la fraude une pression fiscale accrue sur les entreprises
respectueuses des règles fiscales.
Le fonctionnement des systèmes fi scaux est du ressort des États
membres et doit le rester. La Commission pense cependant que des stratégies
davantage concertées et mieux coordonnées seraient de nature
à encourager les États membres à lutter contre la fraude
fi scale et à les aider dans cette tâche. C’est pourquoi
la Commission évalue actuellement la nécessité d’une
nouvelle politique de lutte contre la fraude fi scale au niveau européen.
De nombreux instruments sont envisageables, tels que l’amélioration
de la coopération entre les différentes administrations d’un
même pays; l’élimination des obstacles à l’échange
efficace d’informations grâce à un meilleur accès
aux données bancaires, par exemple; le recours aux négociations
avec les pays tiers pour les amener à adopter des dispositions relatives
à l’échange d’informations; le développement
de l’utilisation des outils de coopération administrative intracommunautaire;
et l’amélioration de la législation fiscale de base.
La Commission se propose d’assurer la coordination nécessaire
dans ce domaine, notamment en vue de développer les outils de coopération
administrative mis à la disposition des États membres. Elle
a l’intention de présenter une communication sur le sujet en
2006.
2.2. Assurer des marchés ouverts et compétitifs à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe
Les entreprises européennes sont confrontées à un nombre
croissant de défis internationaux.
L’adoption de mesures visant à leur garantir des conditions identiques
à l’intérieur et à l’extérieur de
l’UE favoriserait les investissements sur le marché intérieur.
Pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre de la stratégie
de Lisbonne, il nous faut impérativement améliorer la compétitivité
internationale des entreprises de l’UE.
2.2.1. Une stratégie de lutte contre la contrefaçon
Les droits de propriété industrielle et intellectuelle des entreprises
de l’UE sont enfreints à grande échelle par les produits
piratés et contrefaits. Selon des études effectuées par
la Chambre internationale de commerce en 1997 et l’OCDE en 1998 :
• les contrefaçons représentaient de 5 à 7% du commerce mondial
• les contrefaçons étaient responsables de la perte de 200 000 emplois en Europe.
Depuis, ce trafic n’a fait que croître et embellir. En 2003 à
Davos (Suisse), les dirigeants des grandes entreprises et les représentants
des gouvernements ont appelé à « un effort massif au niveau
mondial pour combattre la contrefaçon, dont on estime qu’elle
équivaut aujourd’hui à plus de 450 milliards de dollars
US par an ». L’amélioration des contrôles aux frontières
a été jugée d’une importance cruciale.
Les saisies opérées par les douanes de l’UE (plus de 100
millions d’articles par an, représentant une valeur de plus d’un
milliard d’euros) ont été quasiment multipliées
par dix au cours des cinq dernières années. Tous les secteurs
économiques de l’UE subissent une concurrence croissante de ce
commerce illégal et déloyal, qui diminue aussi les recettes
fi scales et menace la sécurité des citoyens.
Des mesures efficaces de protection des droits de propriété
intellectuelle sont nécessaires pour encourager les investissements
dans la recherche et le développement et assurer des conditions de
concurrence équitables à l’intérieur et à
l’extérieur de l’UE.
Une stratégie cohérente, fondée sur des mesures concrètes
susceptibles de donner aux entreprises des moyens effectifs et peu onéreux
de lutter contre cette menace, exige une action énergique au niveau
de la Communauté. La coopération internationale devra également
être promue afin de porter un coup d’arrêt à la production
et à l’exportation des contrefaçons dans les pays sources.
Faute de ce fi let de sécurité, les entreprises seront confrontées
à une lutte de plus en plus déloyale contre les régions
qui produisent des contrefaçons à une échelle sans précédent.
Après avoir présenté en juillet un vaste ensemble de
mesures pénales destinées à assurer l’application
effective des droits de propriété intellectuelle17,
la Commission a adopté, en octobre 200518,
une communication exposant les mesures concrètes à prendre pour
renforcer la protection que les autorités douanières peuvent
offrir contre la piraterie et la contrefaçon, notamment dans le cadre
d’un partenariat renforcé avec les opérateurs économiques
et une coopération internationale accrue avec les partenaires commerciaux
de l’UE.
2.2.2. Améliorer la législation douanière et la mise en conformité, et promouvoir la douane électronique
Dans l’environnement commercial international actuel, l’existence
de formalités prévisibles et effi caces par rapport à
leur coût pour le mouvement transfrontalier de marchandises est désormais
un élément indispensable pour stimuler la croissance économique
grâce à la participation nationale ou régionale aux échanges
internationaux. De plus, les autorités douanières sont éminemment
bien placées pour garantir que les importations respectent les normes
environnementales, sanitaires et techniques et que les mesures prises dans
le cadre de la politique commerciale soient effi cacement mises en oeuvre.
Ce volet de l’activité douanière est crucial pour assurer
que :
• des conditions de concurrence équitables soient créées, maintenues ou rétablies avec les partenaires commerciaux ;
• les biens de consommation sensibles sur le plan commercial, produits dans la CE, puissent profi ter pleinement des avantages liés à leurs normes et lieux de production ;
• les mesures de défense, dès lors qu’elles sont requises pour permettre un nécessaire ajustement dans la CE, soient efficaces.
En 2003, la Commission a adopté une communication d’une part
sur un environnement simple et sans support papier pour la douane et le commerce
et d’autre part sur le rôle de la douane dans la gestion intégrée
des frontières extérieures19.
Cette dernière arrête un plan d’action pour une révision
en profondeur des procédures douanières, notamment leur simplifi
cation et leur rationalisation, afi n de pleinement exploiter les possibilités
offertes par les technologies de l’information et de la communication
(TIC). La déclaration en douane est une étape obligatoire dans
la circulation des marchandises qui franchissent les frontières extérieures
de la Communauté.
Les procédures à appliquer influent de manière significative
sur le rôle joué par les opérateurs domestiques dans les
échanges internationaux et leur contribution à l’économie
domestique.
Un dédouanement effi cace et effi cient des marchandises renforce la
participation des opérateurs domestiques au marché mondial,
contribue à leur compétitivité et favorise la participation
des petites et moyennes entreprises au commerce international tout en prenant
en compte un certain nombre de défi s sécuritaires.
De plus, en rationalisant et en adaptant la législation, les procédures
et les processus douaniers, notamment les normes communes pour les systèmes
TI, un code des douanes modernisé, conjugué aux actions opérationnelles
engagées dans les États membres, contribuera à la réalisation
d’un environnement simple et sans support papier pour la douane et le
commerce.
Le code des douanes modernisé, qui fera l’objet d’une proposition
de la Commission plus tard dans l’année, constituera le pilier
législatif de la douane électronique. Il établira la
base juridique de l’échange électronique de données,
non seulement entre opérateurs et autorités douanières
des États membres mais également avec les autres administrations
ou agences concernées par le mouvement international de marchandises,
comme le prévoit la communication de la Commission sur le rôle
de l’administration en ligne (e-Government) pour l’avenir de l’Europe20.
En vertu de cette initiative, les opérateurs ne devront fournir des
informations qu’une seule et unique fois aux autorités douanières
(interface unique) et les marchandises seront contrôlées par
ces différentes autorités au même moment et au même
endroit (guichet unique).
Afin de permettre une gestion du risque efficace et efficiente, les administrations
des douanes de tous les États membres doivent pouvoir échanger
des informations électroniques. Cela comporte, en particulier, l’échange
de déclarations préalables à l’arrivée et
au départ, d’informations concernant le risque et d’informations
concernant les opérateurs économiques.
Pour ce faire, les systèmes et pratiques douaniers devront être
convergents et les systèmes douaniers automatisés des États
membres et de la Commission être synchronisés. De plus, les opérateurs
devront communiquer et opérer en ligne avec les douanes. Cela pourrait
être réalisé sur la base du principe de “l’accès
pour tous” (accès par plateformes multiples), tel qu’il
est défini dans la communication susmentionnée de la Commission
concernant le rôle de l’administration en ligne (e-Government)
pour l’avenir de l’Europe.
2.3. Améliorer les réglementations européenne
et nationales
2.3.1. Modernisation des règles en matière de TVA
L’amélioration
de la réglementation constitue un volet important de la nouvelle stratégie
de Lisbonne. Dans le domaine de la TVA, la Commission a présenté
plusieurs propositions visant à améliorer le cadre réglementaire
de manière à supprimer les obstacles au bon fonctionnement du
marché et à introduire davantage de concurrence.
La législation de base en matière de TVA, arrêtée
dans la sixième directive TVA, a subi de nombreuses modifi cations
et est devenue complexe et diffi cile à comprendre. La Commission a
dès lors proposé une refonte de la 6ème directive TVA21
afi n de mettre à la disposition des opérateurs qui souhaitent
commercer dans l’UE un ensemble de règles précises au
niveau de l’UE. Les discussions concernant cette proposition ont considérablement
progressé au sein du Conseil et seront poursuivies en vue de leur adoption
avant fin 2005.
En outre, il est de plus en plus évident qu’il convient d’assurer
une application plus uniforme du système de TVA pour faciliter les
activités exercées par les entreprises au niveau communautaire.
En 2004, le Conseil a prévu la possibilité d’adopter des
mesures afi n d’assurer la mise en oeuvre uniforme des règles
existantes en matière de TVA22. Le premier
règlement proposé23 par la Commission
dans le cadre de cette nouvelle base juridique a récemment été
entériné par le Conseil et sera très prochainement adopté.
La Commission estime qu’une utilisation plus large de cette possibilité
afi n d’adopter, dans le domaine du droit dérivé, des
dispositions contraignantes en matière de TVA au niveau de la Communauté
contribuerait pour une grande part à éliminer les diffi cultés
rencontrées par les entreprises confrontées à des interprétations
divergentes de la législation européenne en matière de
TVA.
La nécessité de parvenir à une application plus uniforme
des règles de TVA est particulièrement évidente lorsque
des interprétations différentes risquent de conduire à
une double imposition (ou inversement à une non-imposition). Un opérateur
peut toutefois également faire l’objet d’une double imposition
ou être contraint de payer la TVA sur la même transaction dans
deux États membres différents en raison de la perception différente
que les États membres peuvent avoir au sujet d’une livraison
particulière. Cette différence de perception peut exister même
lorsque les États membres concernés disposent d’une législation
identique en matière de TVA. La Commission formulera dès lors
une proposition d’ici la fin 2005 pour mettre en place, au niveau de
l’UE, un mécanisme permettant de résoudre ou, tout au
moins, d’atténuer les conséquences de ces cas de double
imposition.
3. CONNAISSANCE ET INNOVATION POUR LA CROISSANCE
3.1. Augmenter et améliorer les investissements dans la recherche et le développement (R&D)
Tant la théorie
économique que l’analyse empirique mettent en lumière
le rôle-clé de la R&D dans la croissance économique.
Les investissements en R&D ont généralement un effet d’entraînement
qui suppose que le rendement social de l’investissement est supérieur
au rendement privé pour l’entreprise. Ainsi, sans une intervention
publique, le niveau de la recherche commerciale resterait en deçà
de son niveau optimal et ne parviendrait pas à optimiser pleinement
le potentiel de croissance de l’économie.
En conséquence, diverses mesures visant à promouvoir la R&D
figurent dans le programme de Lisbonne. Les conclusions de la présidence
du Conseil européen de mars 2005 soulignent expressément que
l’objectif des 3% consacrés à la R&D « sera
atteint, entre autres, par des incitations fiscales à l’investissement
privé… ».
3.1.1. Une communication balisant la voie à suivre pour l’octroi d’incitations fiscales en faveur de la R&D
En fonction du contexte économique, de la capacité en matière
de R&D et du régime fiscal général en vigueur dans
un pays déterminé, les incitations fiscales peuvent contribuer
à corriger les défaillances du marché et à augmenter
les budgets consacrés par les entreprises à la recherche en
réduisant les coûts de R&D. Les mesures fiscales permettent
aux entreprises de mieux déterminer l’affectation adéquate
de l’investissement en R&D au fil des projets et des priorités
et leur garantissent une plus grande sécurité sur le plan juridique
et de la planifi cation. Elles permettent aussi de créer un lien direct
entre les mesures incitatives et la progression des dépenses de recherche
privées, qui constitue un élément essentiel compte tenu
le manque de recherche et d’innovation privées en Europe. Cela
étant, la valeur des incitations fiscales en faveur de la R&D doit
être appréciée à la lumière du régime
fi scal général. Ainsi, le niveau des taux d’imposition
des sociétés est manifestement déterminant pour évaluer
l’impact des incitations fi scales sur le
niveau des investissements consacrés par les entreprises à la
R&D.
Ces dernières années, les États membres ont introduit
toute une panoplie d’incitations fiscales en faveur de la R&D ou
ont renforcé les mécanismes existants. Au cours des deux années
écoulées, un échange d’informations entre États
membres concernant les meilleures pratiques dans ce domaine a fait l’objet
d’un suivi par le CREST dans le cadre d’un processus d’apprentissage
mutuel visant à augmenter le niveau des investissements consacrés
à la recherche et au développement.
Or, ce foisonnement d’incitations en matière de R&D dans
les États membres crée actuellement une situation largement
incoordonnée au niveau de l’UE.
Étant donné que les États membres sont souvent confrontés
aux mêmes types de défis, ce manque de coordination peut se traduire
par une mauvaise affectation des ressources publiques et constitue un obstacle
à la mise en place de conditions de concurrence équitables au
niveau de l’UE.
Une communication arrêtant des lignes directrices concernant les incitations
fiscales en faveur de la R&D pourrait contribuer à remédier
à ce dysfonctionnement relatif et, idéalement, aider les États
membres à élaborer conjointement des solutions à des
problèmes communs et même concevoir des incitations se renforçant
mutuellement, créant ainsi un environnement fiscal propice à
la R&D en matière de recherche dans l’UE. Comme elle l’a
annoncé dans son plan d’action
dans le domaine des aides d’État, la Commission réexaminera
en 2006 son cadre des aides d’État en faveur de la R&D et
de l’innovation. Parallèlement, une communication à l’intention
des États membres, comportant un ensemble d’orientations sur
l’élaboration et la mise en oeuvre de mesures d’incitation
fi scale en faveur de la R&D dans leur régime fiscal général,
sera présentée afi n notamment qu’ils aient une idée
précise des contraintes qui leur sont imposées, dans ce domaine,
par la législation communautaire.
Cette communication :
• arrêtera les principales exigences juridiques auxquelles les incitations fi scales mises en place par les États membres en faveur de la R&D doivent satisfaire au niveau de l’UE;
• mettra en lumière les meilleures pratiques adoptées par certains États membres en ce qui concerne le traitement fi scal et les incitations en faveur de la R&D, meilleures pratiques dont pourraient s’inspirer les autres États membres; et
• le cas échéant, précisera le message politique et le contenu essentiel des possibles initiatives futures destinées aux États membres.
Cette communication n’aurait aucun caractère contraignant et
aurait pour seul objectif d’aider les États membres qui souhaiteraient
utiliser l’arme des incitations fiscales.
3.2. Promouvoir l’utilisation durable des ressources
La fiscalité indirecte, dans la mesure où elle constitue un instrument fondé sur les lois du marché, peut jouer un rôle important pour favoriser une utilisation durable des ressources dans l’Union européenne. Les droits d’accises ou les redevances environnementales spécifiques, lorsqu’ils sont bien conçus, améliorent la fonction indicatrice des prix en internalisant les coûts environnementaux externes et amènent ainsi les acteurs économiques à modifier leur comportement en conséquence. De plus, la fiscalité incite les entreprises à s’engager sur la voie de l’innovation technologique afin de réduire leur fardeau fiscal. Les taxes dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’environnement pourraient être utilisées pour favoriser cette utilisation durable des ressources, de préférence dans un cadre coordonné au niveau de l’UE afin d’éviter toute distorsion de concurrence.
3.2.1. Fiscalité dans le domaine de l’énergie, du transport et de l’environnement
La directive concernant la taxation des produits énergétiques24
a offert aux États membres de nouvelles possibilités pour, par
le biais de la fi scalité, favoriser l’utilisation durable des
ressources.
Elle permet, notamment, d’octroyer des réductions fi scales aux
entreprises qui mettent en œuvre des accords conduisant à la réalisation
d’objectifs liés à la protection de l’environnement
ou à l’amélioration du rendement énergétique.
a) Taxation du gazole utilisé à des fi ns professionnelles
Cette directive doit être toutefois modifiée pour régler
le problème de la distorsion de concurrence sur les marchés
du transport créée par les écarts considérables
dans les niveaux de taxation appliqués par les États membres
au gazole professionnel. Si l’examen récent de la législation
en cours d’élaboration a conduit au retrait de la proposition
de 200225 concernant le gazole utilisé
à des fi ns professionnelles, la Commission entend, avant fin 2005,
présenter une nouvelle proposition tenant compte des commentaires formulés
par le Parlement européen, le Conseil et les opérateurs lors
des débats concernant la proposition initiale.
b) Fiscalité
de l’énergie
En outre, la Commission examine l’opportunité de proposer des
modifications à la directive sur la fiscalité de l’énergie
afin d’introduire des objectifs environnementaux plus ambitieux, visant
à une internalisation complète des coûts externes. Dans
son Livre vert sur l’effi cacité énergétique26,
la Commission a indiqué que de nouvelles initiatives doivent être
envisagées afin de renforcer les effets positifs des politiques fiscales
destinées à favoriser l’efficacité énergétique.
Il s’agit, notamment, de rapprocher, vers le haut de la fourchette,
les taux des droits d’accises sur les produits énergétiques
et l’électricité consommés dans le cadre d’activités
de production et d’introduire une indexation automatique de tous les
taux des droits d’accises.
c) Fiscalité automobile
Enfin, il y a lieu de noter que la proposition sur la fiscalité automobile,
qui vient d’être adoptée et à laquelle il est fait
référence au point 2.1.4 ci-dessus, comporte également
des dispositions visant à introduire un élément sensible
au CO2 dans la base d’imposition de la fiscalité automobile des
États membres. Les mesures fiscales constituent l’un des trois
piliers de la stratégie communautaire pour réduire les émissions
de CO2 produites par les voitures particulières. L’utilisation
optimale de ces mesures, au même titre que les engagements souscrits
par l’industrie automobile et l’information du consommateur, constituent
des éléments fondamentaux pour atteindre l’objectif que
s’est fixé la Communauté, soit 120 g de CO2 par km. La
réduction des émissions de CO2 se traduirait également
par des économies au niveau de la consommation énergétique
des voitures ce qui, partant, contribuerait à une utilisation efficace
des produits énergétiques et au caractère durable des
approvisionnements en énergie.
ANNEXE
TABLEAU
1 Source
: COM
(2005) 532 final.
2 COM(2005) 330 et COM(2005) 24.
3 ibid.
4 Voir l’étude intitulée «European Tax survey»,
SEC(2004) 1128/2.
5 COM(2005) 111.
6
COM(2001) 582 et SEC(2001) 1681.
7 COM(2003) 726.
8 Voir l’étude intitulée «European Tax Survey»,
SEC(2004) 1128/2.
9 SEC(2004) 1128/2.
10 COM(2003) 822.
11 COM(2005) 334.
12 «European Tax Survey», SEC(2004) 1128/2.
13 COM(2004) 297.
14 Directive 69/335/CEE du Conseil du 17 juillet 1969, modifi ée.
15 COM(2002) 431.
16 COM(2005) 261.
17 COM (2005) 276
18 COM(2005) 479
19 COM(2003) 452
20 Commission, COM(2003) 567.
21 COM(2004) 246.
22 Directive 2004/7/EEC.
23 Commission, COM(2004) 641.
24 Directive 2003/96/EC (JO L283 du 31.10.2003, p.51), modifiée
en dernier lieu par la directive 2004/75/CE
(JO L157 du
30.04.2004, p.100).
25 COM(2002) 410.
26 COM(2005) 265.
Pour tous renseignements s'adresser à :
LES CAHIERS FISCAUX EUROPEENS
45
Bd. Saint-Michel, 1040 Bruxelles - Belgique
tél. (32) 2 736 59 44 Télécopieur (32) 2 736 58 68
51
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tél. (33) 4 93 53 89 39 Télécopieur (33) 4 93 53 66 28